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Jean-Claude Loubières est un artiste discret et intuitif, un glaneur du quotidien. A l’origine, il est sculpteur, il crée des pièces modulables, des emboîtages, et décline de nombreux matériaux : tôles émaillées, paraffine, bois, céramique et caoutchouc. C’est avec une même liberté et dans un même esprit ludique que depuis quelques années Jean-Claude Loubières privilégie un autre support : le livre.
Objet nomade, devenu presque anodin au fil du temps, le livre a toujours été un espace de création plastique. Il est un support, un objet à transformer, une contrainte avec laquelle composer. Cet objet fini et défini par une couverture, des pages que l’on peut tourner et par la lecture que l’on peut en faire, offre d’innombrables possibilités pour un plasticien. Jean-Claude Loubières ne se contente pas d’opter pour une manière de faire mais interroge cet objet et ses usages.
La relation texte-image, le format, la reliure, le choix du papier, les matériaux, le graphisme, la typographie, le dessin : il jongle avec les codes du livre et de l’art, s’en empare ou s’en détache pour chercher ailleurs d’autres signes, d’autres moyens d’aboutir à une narration. Ne peut-on pas écrire et lire avec autre chose que des mots ?

Entre la bibliophilie contemporaine et ses livres précieux à manipuler avec des gants blancs et le livre d’artistes à grand tirage tel qu’il est apparu aux Etats-Unis à la fin du 20ème siècle, Jean-Claude Loubières n’a pas choisi son camp. Il est dans un intermédiaire, difficilement réductible à une attitude.
Le contrôle global du projet est important, même s’il peut naître d’une rencontre avec un auteur, un éditeur, un autre artiste, une vidéo. La conception et la réalisation sont liées et lui sont personnelles. S’il rencontre un texte, il l’accompagne d’images ou de dessins, chemine à ses cotés, mais ne l’illustre pas. Une fois les livres terminés, aucun souci maniaque ne les accompagne : ils peuvent être manipulés, lus, ils doivent bouger, voyager, respirer.

Cette frontière ténue entre la lettre, l’image et le signe, l’artiste la place au centre de ses préoccupations. Il collecte des symboles, les organise, invente des fictions, joue avec nos représentations. Ses Portraits de famille convoquent de nombreux codes visuels qui renvoient aussi bien au collectif qu’à l’individuel.

Alors, livre d’art ou œuvre d’art à part entière ? A en voir la liste des collectionneurs de l’artiste – de petites ou grandes bibliothèques, des musées prestigieux, des particuliers – il est évident que la question est au cœur du travail qui interroge ces définitions et n’impose pas de faire un choix. Roland Breucker*, qualifie ses livres de “ jouet philosophique ”. Devant la bibliothèque suspendue, les amateurs penseront au Ready Made Malheureux imaginé par Marcel Duchamp en 1919 . Un cadeau de mariage qu’il fit à sa sœur : une lettre lui demandant “ d’accrocher un manuel de géométrie sur son balcon de sorte que le vent tourne les pages et choisisse les problèmes que le temps se chargerait de résoudre”
… On pense qu’il n’est pas très orthodoxe de suspendre des livres le temps d’une exposition, qu’ils vont subir des aléas, Jean-Claude Loubières s’en amuse : ses livres vivent leur vie.
Avant d’avoir vu l’œuvre, on l’imagine. Une forêt de signes dans laquelle circuler ensemble, une interrogation de l’acte de lire, traditionnellement solitaire et intime.A côté de ces préoccupations autour de l’objet, de la représentation ou de la durée, subsiste chez Jean-Claude Loubières la persistance d’un goût très sérieux pour le jeu.

* dessinateur belge avec qui J-C Loubières a édité le livre “ Aphorismes gourmands “
Géraldine Reynier 2007